Alif Lam Mim

Un mystère dont parle encore une récente traduction du Coran,

publiée en livre de poche en 2009

Il y a dans le Coran, au début de certaines sourates, trois lettres – A, L, M.

Dans la tradition islamique, certains y voient les bribes des balbutiements de Mahomet sous l’emprise de l’Ange Gabriel, lorsque celui-ci lui dictait les versets du Coran. D’autres prétendent qu’Allah, voulant rappeler aux hommes que le Coran est inimitable, a créé ces 3 lettres mystérieuses – Alif, Lam, Mim – comme un cadenas pour déjouer la malice des hommes qui veulent tout comprendre.

Ce mystère est encore aujourd’hui entretenu par de brillants connaisseurs du Coran, tel M. Malek Chebel dans sa traduction du Coran en livre de poche édition 2009 : « Ces lettres liminaires de l’alphabet arabe introduisent une série de sourates coraniques, mais leur sens demeure mystérieux. Encore aujourd’hui, les exégètes sont réduits à de pures conjectures cf. dictionnaire du Coran. » (1)

On peut concevoir que des peuples voient l’œuvre de Dieu dans les écritures fondatrices de leur religion. En ce sens, la certitude des musulmans dans un Coran incréé parce-que œuvre d’Allah (le nom de leur Dieu) est à prendre telle quelle et avec le plus grand respect. Dans notre monde moderne chacun est libre de croire comme il l’entend et on peut rendre hommage à l’ouverture d’esprit et à la discrétion de M. Chebel qui laisse la porte entrebâillée vers « les exégètes réduits à de pures conjectures », sans les citer.

Beaucoup, animés d’un souci d’honnêteté intellectuelle renforcée par une grande considération pour l’Islam, ont plongé profondément dans l’étude de cette religion. Rapidement ils s’éloignèrent des exégèses musulmanes dont la démarche planait trop loin au-dessus des principes de contradiction et de cause à effet, chers à tout esprit scientifique, voire simplement logique.

En effet, les exégèses musulmanes partent d’un point de départ imposé: Le Coran est œuvre d’Allah, donc il est incréé, donc il est indiscutable, donc toute réalité d’aujourd’hui éventuellement contradictoire avec ce dogme doit être corrigée voire niée pour s’adapter à ce principe.

En d’autres termes on conteste la réalité de l’expérience s’il le faut, mais on ne change pas l’interprétation du Coran! Ainsi l’actuelle vulgate islamique vieille de 12 siècles éclaire encore l’Imam et l’universitaire musulman d’aujourd’hui et place au-dessus de tout soupçon la véracité de leurs affirmations, même si elles sont en contradiction radicale avec la réalité d’aujourd’hui.

Ce principe de base, devenu de fait la première loi de l’Islam dont dépendent toutes les autres, a fait de cette religion une sorte de « pyramide idéologique » inversée dont la pointe s’appuie sur le support inébranlable de la création divine du Coran. Le « mystère » des trois lettres contribue à la « solidité » du support.

Mais alors une idée insidieuse s’invite dans le débat : si ce mystère n’en était pas un, cela entraînerait-il d’office une irrémédiable fissure dans le support séculaire de la « pyramide idéologique » et fragiliserait-il la solidité de tout l’édifice islamique?

Regardons les chiffres qui entourent ce code: trois lettres choisies aléatoirement parmi 28 forment une clé de 21952 combinaisons. Cela signifie, pour répondre à M. Chebel, que découvrir la signification de ces lettres conduirait à sortir de la conjecture pour entrer dans le domaine sinon de l’évidence tout au moins de la forte présomption, dont le bon sens prime de beaucoup la thèse du mystère.

S’il est notoire que l’alphabet arabe procède de l’hébreu et de l’araméen, il n’échappe non plus à personne que les lettres arabes « alif, lam, mim » correspondent aux lettres « alef, lamed, mem », de l’alphabet hébreu; une évidence même pour un non linguiste. Or ces 3 lettres sont en hébreu un sigle abréviatif de “El Lemashaot” – le Dieu des délivrances (psaume 68,21) selon le Professeur Kurt Hruby, abréviation citée par Édouard Marie Gallez dans sa thèse “le Messie et son Prophète”, et aussi par Bruno Eymard Bonnet et par Sami Awad dans leurs traductions respectives du Coran. Il se trouve que ces linguistes sont de fins connaisseurs de l’arabe, de l’hébreu et de l’araméen. La puissance de leur raisonnement s’appuie sur des connaissances approfondies des textes anciens y compris de la Bible, du nouveau testament et du Coran. La crédibilité de leurs conclusions et de leurs sources est au-dessus de tout soupçon.

Dans ces conditions il est difficile de ne pas faire sien ce qu’écrit Édouard Marie Gallez dans sa thèse, (2):

« la présence de sigles techniques juifs en tête de certains feuillets collectés est simplement conforme à l’enracinement juif vers lequel pointent tous les feuillets du Coran dans la mesure où l’exégèse permet de reconstituer leur état premier. Dans le cas des lettres secrètes comme dans celui des versets sataniques il apparaît donc que c’est la logique du discours de la révélation coranique qui a déterminé la compréhension du texte. C’est aussi celle qui a conduit à l’insertion de la sourate 17,1 elle aussi qui s’oppose à toute prétention critique.

Alors une interrogation vient alors inévitablement à l’esprit : et si c’était le récit de la révélation lui-même, et dans sa totalité, qui devait être reconsidéré? ». Fin de citation, (la mise en exergue de la phrase est de l’auteur de cet article).

La sourate 17,1 est considérée comme un ajout tardif au corpus du Coran compte tenu, entre autres, de son côté « merveilleux ». M. Chebel la traduit en disant qu’Allah « fit voyager son serviteur de nuit, de la Mosquée sacrée à la mosquée d’Al Aksa… » La tradition rattache respectivement ces deux mosquées à la ville de La Mecque et de Jérusalem. La traduction de cette sourate pose ainsi un sérieux problème de logique élémentaire quand on sait que Mahomet est mort (en 632 selon M Chebel) bien avant la construction de la mosquée d’Al Aksa puisque celle-ci est postérieure à la prise de Jérusalem (l’Aelia romaine de l’époque) (>635) par la coalition arabe!(3)

Il y a donc lieu de s’interroger sur le sérieux du mystère entretenu autour de ces trois lettres par les islamiques et plus généralement sur leur acharnement à nier l’évidence d’un Coran formé de prêches et d’exhortations fortement inspirées de la Bible et du nouveau testament, sans compter les autres légendes. Le Coran ne souffrirait pas de l’évolution de ses interprétations devant l’évidence. Bien au contraire, le dialogue rationnel entre les adeptes du Coran et le monde moderne pourrait commencer comme semblerait vouloir le faire M. Chebel avec son livre de poche, dont on ne peut qu’espérer que la publication soit faite en dehors de toute influence de la Tekkiya (4).

Pour conclure : les trois lettre ALM ne sont pas un cadenas mais l’ouvre boite d’un Coran créé de main(s) d’homme(s). (5)

Association CSF – Juillet 2013

(1) Coran de poche, Sourate II verset 1 – note page 55.

(2) Le messie et son prophète, page 49 et 50, Tome II.

(3) M. Chebel ignore la prise de Jérusalem par la coalition arabo judéo-nazaréenne après 635.

(4) La tekkiya est, entre autres, le droit d’un musulman de mentir pour faire avancer l’Islam.

(5) La saga de Mahomet et de ses successeurs est en cours de décryptage malgré les tripotages des premiers Califes. Espérons que M. Chebel reverra son « contexte de la révélation » des pages 9 à 11 de son livre, à la lumière des dernières et incontournables découvertes scientifiques.

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